TÉMOIGNAGE DE MON VOYAGE EN PALESTINE

Ce qui m’a frappée le plus dans notre voyage, c’est le décalage entre les violences qui nous sont rapportées dans nos pays par voie de presse, et les violences que nous avons pu constater dans certains quartiers de Jérusalem, dans les villes, villages ou camps des territoires occupés. La violence n’est assurément pas toujours là où on la croit.

Si en Occident les récits d’attentats et d’attaques au couteau menées par des Palestiniens, parfois très jeunes, dominent les actualités, j‘ai vu une autre réalité là-bas:

J’ai vu une violence journalière qui est différente:

  • j’ai vu des snipers de l’armée israélienne sur les toits et dans les murs vénérables qui entourent la vieille ville de Jérusalem
  • j’ai vu une population palestinienne sous le coup d‘une suspicion généralisée, fouillée au corps sans raisons apparentes, devant mes yeux et ceux de passants anonymes

  • j’ai vu la violence de l’enfermement derrière murs et clôtures, à la merci d’incursions de l’armée israélienne jusque dans l’intimité des appartements familiaux
  • j’ai entendu les témoignages de Palestiniens concernant les détentions administratives qui peuvent durer des mois et des années, sans qu’ils n‘en connaissent le motif

  • j’ai appris les multiples formes d’humiliations, de pressions et de discriminations exercées à l’encontre de Palestiniens parce qu’ils sont Palestiniens, et non parce qu’en tant qu’individu ils aient quoi que ce soit à se reprocher

Je pourrais continuer cette liste, il s’agit de violences subtiles de toute nature, qui sont marquées par le déni de dignité de l’individu, par le maintien des communautés palestiniennes dans un état permanent d’insécurité, privées de perspectives économiques et de visions d’avenir positives.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de violence chez les Palestiniens, mais ce que j’ai vu et entendu surtout, c’est leur volonté de résister pacifiquement à l’occupation de leurs territoires par l’Etat israélien et à ses multiples conséquences.

  • En premier lieu la résistance s’exprime à travers le simple fait pour les Palestiniens de rester en Cisjordanie ou en Israël au lieu de partir vivre quelque part à l’étranger où leurs libertés personnelles seraient garanties et où leurs enfants pourraient grandir en sécurité.
  • La résistance s’exprime aussi à travers des projets chargés d’espoir comme celui du Palestinian Museum of Natural History, qui développe avec très peu de moyens financiers de nombreuses activités pédagogiques avec des enfants et des bénévoles pour permettre aux jeunes de se projeter de manière positive vers l‘avenir. Je me permets ici de citer Mazin Qumsiyeh lors de notre visite: „La pire des occupations est l’occupation mentale parce qu’elle enlève leur respect de soi aux hommes et aux femmes qui sont traités comme des personnes de seconde classe.“
  • Nous avons pu constater sur place que les femmes jouent un rôle très important dans la résistance. Nous avons vu notamment au camp de Jenin le travail important qu’elles font pour éduquer les enfants et les jeunes et les empêcher par là d‘entrer dans une spirale de violence, qui jouerait le jeu de l’occupant en légitimant ses raisons de serrer encore un peu plus l’étau autour des communautés palestiniennes.
  • J’ai vu que le port du hijab chez les femmes s’est de nouveau généralisé dans les populations palestiniennes, alors qu’il était très rare au début et au milieu du siècle dernier. Il s’agit bien là à mes yeux d’une forme de résistance par l‘affirmation identitaire communautaire et la nécessaire différenciation culturelle avec l’occupant.

Face à tant d’injustice, tant de souffrance, et tant de courage aussi, nous devons nous poser la question comment agir pour permettre à cette région si riche par son histoire et sa multiculturalité, de trouver une paix juste qui permette à tous ses habitants quels qu’ils soient d’y prospérer et d’y vivre en sécurité?

Comment contribuer à faire honorer à Israël son obligation de reconnaître le droit des Palestiniens à l’autodétermination, de respecter les préceptes du droit international, et de cesser les violations journalières des Droits de l’homme fondamentaux à l’égard de la population palestinienne?

Ce sont encore les Palestiniens qui nous montrent une voie pacifique par l’intermédiaire du mouvement BDS : Boycott, Sanction, Divest. Alors que les deux derniers volets devraient être relevés surtout par les acteurs politiques et économiques importants, le premier, le boycott est à la portée de tout un chacun dans cette salle et dans notre société. Les avis divergent si le boycott doit concerner uniquement les produits en provenance des colonies juives ou s’il doit concerner tous les produits en provenance d’Israël. Qu’importe: c’est à chacun d’entre nous de prendre sa décision à ce sujet en son âme et conscience, et suivant les principes moraux et éthiques auxquels il adhère. A nous de faire comprendre par une pression collective aux Israéliens comme au reste du monde qu’il ne saurait y avoir impunité à violer le droit international. A nous de donner un signal fort aux gouvernements de par le monde que l’opinion publique n’est pas prête à tolérer plus longtemps le traitement inhumain du peuple palestinien tout comme elle s’est opposée jadis à l’apartheid sud-africaine. A nous de soutenir par cette action collective les femmes et les hommes en Israël, en Cisjordanie et à Gaza qui ont fait le choix de refuser la violence et de privilégier la résistance pacifique.

10.06.2016